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9 ans de gestion du pouvoir Talon : Presse béninoise, la grande oubliée de la Rupture

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Alors que le compte à rebours est enclenché vers la fin du second mandat du président Patrice Talon, un constat s’impose : la presse béninoise sort affaiblie, plus que jamais, d’une période marquée par des réformes économiques et institutionnelles profondes. Loin d’être renforcé comme promis, le secteur médiatique semble avoir été marginalisé, au point de susciter aujourd’hui un véritable sentiment d’abandon.

En 2016, le président Talon arrivait au pouvoir avec un discours ambitieux, prônant des réformes pour moderniser tous les secteurs clés du pays, y compris les médias. Il avait promis, entre autres, l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes, le renforcement des capacités des organes de presse, et un soutien accru à la liberté d’expression dans un cadre professionnel structuré. Mais neuf ans plus tard, le paysage est bien sombre. L’un des signes les plus symboliques de cette désillusion est sans doute la suspension de l’aide publique à la presse, jadis un soutien vital pour les organes de presse indépendants ou à faibles revenus. Cette suppression, non compensée par des mécanismes alternatifs de financement ou de soutien, a contribué à une fragilisation sans précédent des entreprises de presse. Beaucoup peinent aujourd’hui à assurer les salaires, à maintenir une ligne éditoriale stable ou même à paraître régulièrement.

À cela s’ajoute une pression fiscale jugée étouffante. Les charges imposées aux entreprises de presse sont restées lourdes, sans distinction entre les petits médias en survie et les groupes mieux établis. Les exonérations promises ou allègements fiscaux spécifiques au secteur n’ont jamais été concrétisés, laissant les patrons de presse dans une précarité structurelle.

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Autre réalité inquiétante : la raréfaction des contrats publics avec les institutions étatiques. Jadis, ces conventions permettaient à certains médias d’assurer un minimum de revenus à travers la couverture d’activités gouvernementales ou la diffusion d’annonces officielles. Aujourd’hui, ces contrats se font rares, voire inexistants, réduisant d’autant plus les sources de financement disponibles pour les rédactions. Les journalistes, au cœur de cette machine grippée, en paient le prix fort. Salaires impayés, contrats précaires, absence de couverture sociale : leur situation est aujourd’hui plus précaire qu’elle ne l’était avant 2016. Le rêve d’un journalisme professionnel, digne et viable, semble s’éloigner au fil des ans. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un climat de résignation, où la liberté de ton se fait plus timide, par crainte de représailles économiques ou institutionnelles.

La question se pose alors avec acuité : est-il encore possible de redresser la barre ? Certains espèrent un sursaut dans les derniers mois du quinquennat, d’autres appellent déjà à inscrire la question des médias au cœur des prochaines campagnes électorales. Car sans presse forte, pluraliste et indépendante, la démocratie béninoise elle-même court un risque silencieux mais réel. La presse n’est pas un luxe, c’est un pilier de l’État de droit. La mettre de côté, c’est fragiliser tout l’édifice républicain. Il est temps de remettre ce secteur au centre des priorités nationales.

Lawal Rafiou

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